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Création du Miserere de Michel Bosc, samedi 13 juin par le chœur de chambre Agapanthe sous la direction d’Isabelle Retailleau, temple de Pentemont à Paris.

Après un très beau programme XVIIe et XVIIIe siècle, venait le Miserere de Michel Bosc, non parce qu’il est de bon ton de terminer beaucoup de concerts par une œuvre récente mais plus simplement parce que le compositeur et la directrice de ce très bel ensemble s’apprécient. L’œuvre d’une vingtaine de minutes est très poignante et  va,  selon  l’expression, " droit au cœur " ; l’émotion est là, dans le langage recherché et subtil du compositeur… la mélodie, les lignes, l’harmonie, la couleur et le rythme nous rappellent l’école française, on peut penser parfois à Roussel, Michel Bosc est un grand admirateur de Debussy plus que des œuvres de l’école de Vienne, il a aussi composé un Tombeau de Francis Poulenc, mentionnons enfin son attachement à Marc-Antoine Charpentier. Aucune lourdeur, aucun pathos inutile mais un élan tragique ou consolateur, des tensions raffinées et sensibles, une écriture pour chœur remarquable de polyphonie bien entendu mais aussi pleine de contrastes utilisant toutes les ressources des différentes voix et combinant admirablement les plans sonores … " Ce Miserere composé à la suite d’un deuil n’est cependant pas tant l’expression de sentiments personnels que celui de notre fragilité d’êtres humains face aux épreuves et à la mort " a écrit l’auteur.
Oui, il est encore possible d’écrire une très belle musique religieuse touchante et sans artifices inutiles… j’ai ici une pensée pour mes amis organistes de grand talent qui se lamentent d’avoir à accompagner des niaiseries mal chantées… Où sont les maîtrises de jadis ? Michel Bosc est beaucoup plus joué à l’étranger qu’en France… Le catalogue de son œuvre est considérable, de la musique de chambre quelquefois pour formations rares et intimes aux symphonies en passant par le quintette à vents, le concerto… Il écrirait aussi bien pour l’orgue ou la viole de gambe, pour la mandoline c’est fait et à suivre, citons quelques-uns de ses interprètes : Jean-Pierre Rampal, James Bowman, Natalie Dessay, Michel Laplénie… son site est remarquablement tenu à jour, n’hésitez pas… Bravo cher Michel… Quel beau souvenir !

Marcel Gresser
15 juin 2015

Cher Michel,

Juste merci de nous avoir donné cette musique si émouvante, poétique, humaine et plein de ferveur à la fois. Je te considère comme un maître, pas de l'espèce médiatisée arrogante qui joue sur la mode et écrase l'auditeur de son mépris et de sa "science", non, tu es un maître au sens ancien, tu nous prends par la main et tu nous consoles, nous fais rêver, nous élèves, nous apaises, tout en restant notre frère humain... ta technique est au service de l'émotion et de l'élévation ; c'est ce qui fait que le public d'hier soir a ressenti tout cela, et redemande de telles créations.

Jean-Marc Sacquet
15 juin 2015

Cher Michel,

Je trouve ta musique magnifique.
Elle est tout à fait "moderne", au sens où elle n'aurait pu être écrite qu'aujourd'hui, et qu'elle exprime des émotions d'un homme vivant, mais elle est en même temps enracinée dans la tradition de la musique spirituelle européenne. Elle est à la fois diaphane et très
"matérielle", car incarnée. J'espère que tu trouveras la reconnaissance que tu
mérites, et la possibilité de faire jouer ta musique plus souvent.

Je voulais te remercier aussi pour ton livre sur Jill, que j'ai réussi à
lire par bribes. C'est une belle chronique d'une personne intéressante
et sympathique.

Bien amicalement


Eugène Green

18 juin 2015 

 

 Michel Bosc et tous les lecteurs avertis le savent. Le Roman c'est la vraie vie, et la vraie vie c'est la littérature. Chacun d'entre nous est le héros bien involontaire de sa propre histoire en tant qu'il se la raconte, chacun est l'auteur de son propre roman. C'est un secret que je vous demande de ne répéter à personne : la vie avance avec des mots. Que mes chers contemporains s'imaginent autre chose n'y change rien ; qu'ils se vivent en dehors du langage est juste éberluant et explique juste ce que nos quotidiens ont d'hallucination collective.

 

Michel Bosc a écrit un vrai roman, d'inspiration réaliste. Les personnages tiennent bien, on pourrait les connaître, le référent est « Paris ce matin», et si Heureux, et alors ? n'est pas un roman psychologique, mais plutôt un roman de réenchantement du Monde, une magie blanche, il fourmille de belles observations sensibles qui sont celles du bon connaisseur de la vie humaine, ce qui est tout de même la moindre des choses quand on prétend écrire un roman. Pas moins que son narrateur, Michel Bosc n'est né de la dernière pluie, et il y dans le ton d'André Michaud, l'Homme André, comme son nom l'indique, le viril personnage principal du livre, une tonalité élégante et désabusée qui est celle de la vraie sagesse, celle de celui qui sait sans avoir toujours besoin de faire savoir.

 

Ainsi, lorsque le narrateur nous explique au détour d'une phrase que l'infantilisation de notre temps est une castration douce mais une castration (et c'est un admirateur de Disney qui l'écrit), il enfonce une porte qu'on n'en finit pas de verrouiller. J'écris roman, mais ce pourrait être presque être une pièce de théâtre, car avec sa poignée de personnages, Heureux, et alors ?est  aux confins du Drame, un drame dédramatisé, un drame dont le bruit du tonnerre aurait été amuï dans le coussin de l'intelligence, un drame qui n'éclatera pas. En nos temps terroristes, une bombe qui n'éclate pas fera difficilement recette, mais pour un lecteur ça fait du bien.

 

L'axe choisi par Michel Bosc pour structurer son roman est le secret de sa réussite, c'est l'axe du goût. C'est une idée de génie. En nos temps perdus où chacun cherche son chat, posez-vous la question de ce que vous aimez et vous saurez qui vous êtes. C'est mieux qu'un miroir, un scanner de l'être. Je ne parle pas du bon goût et du mauvais goût – d'ailleurs le héros du roman, une sorte de Charles Swann tombé dans la déconfiture au gré de mauvaises amours – aime les peintres pompiers. Je parle du goût propre à chacun, son goût. Le goût que chacun goûte tous les jours au café, au restaurant, les gens, les êtres, les choses. Le narrateur de Michel  Bosc se livre à la quête initiatique par excellence : qu'est-ce que j'aime ? Et il s'efforce d'avoir le courage de son goût. On ne compte plus de nos jours les vies désastreuses faute de goût. Et si j'en crois Balthazar Gracián c'est une vieille histoire. Hommes mariés à des femmes qu'ils n'aiment pas, femmes engagées dans des relations pourries, êtres ennuyés dans des vies affreuses, juste pour ne pas connaître leur goût. Pour avoir raté la rencontre avec eux-mêmes on vit horriblement ; et ce n'est pas une question d'argent.

 

Son goût, André Michaud le trouve. N'en déplaise, c'est une histoire qui finit bien. Aucun risque à énoncer l'épilogue, dès les premières lignes c'est évident, le livre est une ascension, une contre calamité, une anti catastrophe, qui prend notre époque à rebours dans son adoration rance de toutes les misères (morales, sexuelles, financières). Le livre est une rédemption par le goût. Quel goût ? C'est tout la question et le charme du livre, son suspens. Et c'est pour cela qu'il faut lire le livre. Axer le Problème du roman contemporain sur la question du goût est bien une idée d'artiste, qui fait que le roman de Michel Bosc pourrait avoir plusieurs tomes. Il pourrait faire 3000 pages ; il n'en fait que 200, c'est par délicatesse.

 

Un homme cherche sa maison. Celle de sa vie. Voilà le sujet du livre. Qui ne cherche son lieu ? La région où vivre, aurait dit Stéphane Mallarmé qui s'était posé la question et y avait répondu par Valvins. Il est peu de si vrais sujets. J'augurerais volontiers à l'auteur du roman de trouver lui aussi sa demeure si je ne savais qu'il l'a déjà trouvée, c'est celle d'André. Je veux dire c'est celle du Livre, celle que les mots ont créée, bien plus réelle que n'importe quelle maison puisque c'est une maison de son cœur. Les autres ne pourraient qu'être décevantes à l'être lucide. Le réel, il faut bien que quelqu'un l'écrive, n’est le plus souvent qu'un raté du rêve. Nous le savons tous. Et puis il y ceux qui se l'avouent. Dans sa quête, André va apprendre à se dépouiller, il ira à l'essentiel et découvrira, autre vérité contemporaine, que le prix du bonheur est l'éloignement des femmes. Je cite, de l'envahissement féminin... Où l'on voit que le roman ne sonne pas la même cloche que les journaux ni les cris de la vox populi. Ouvrez les oreilles et regardez cinq minutes autour de vous. Vous verrez bien, à moindre d'être sourd et aveugle qu'il a raison. Cela ne peut aller sans souffrances et sans peines. C'est une traversée de la Mer Rouge. Mais aussi non sans rire, car le roman est drôle. C'est un chemin de croix qui finit bien.

 

Philippe Parichot

18 décembre 2017

 

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